« Ce qui reste de ce qui passe », chronique de Jean-Philippe Domecq :

Parfums de mots, mots des parfums

« Il est des parfums frais comme des chairs d’enfants », notait Baudelaire ; il est des parfums qui sont des livres ouverts ; il est un magasin où on peut les trouver…

 

Les mots auraient-ils une odeur ?

            On se souvient d’Arthur Rimbaud composant un Sonnet des voyelles où celles-ci se retrouvaient affublées de couleurs. Elucubration de poète ? Non : écoutez un peu comment chaque mot fut assimilé par vous lorsque vous étiez enfant, et vous découvrirez les circonstances concrètes, sensibles, où les mots, qui appartiennent à tous, s’individualisent pour chacun d’entre nous. C’est tout un dictionnaire affectif qui constitue notre stock linguistique personnel. Alors, comment ne pas comprendre que les mots puissent avoir couleurs, senteurs et autres connotations ? C’est ce qu’ont réalisé des parfumeurs, anciens aussi bien que récents.

 

Des parfums sortis de romans

Ainsi a-t-on toute une ligne de parfums baptisée Jardins d’Ecrivains dont les flacons sombrement translucides annoncent le titre comme la couleur. Orlando, et c’est un roman de Virginia Woolf qui s’échappe du flacon ! Préférez-vous George sans « s » puisqu’il s’agit de Sand notre féministe de la première heure ? Ou La Dame aux Camélias de Dumas avec, sur le flacon ouvragé, ce sous-titre – Parfume le corps des amoureuses – qui vaut tout un programme. Mais si vous préférez paradis plus artificiel, choisissez le flacon Junky inspiré de William Burroughs qui donna, lui, dans les drogues dures. Autre drogue mais psycho-sociale celle-ci en ces temps d’ego-grégaires : AJAR, le double de Romain Gary, judicieusement sous-titré « subterfuge de l’ego ». A propos de narcissisme d’ailleurs, saviez-vous que Romain Gary, pour faire authentique dans le chic, veillait à ce que sa Jaguar soit toujours un peu sale – sauf qu’elle l’était toujours de la même façon… C’est toute la différence entre dandysme et élégance.

Voilà qui nous sort des parfums de peau, pour les parfums du…

 

« Passé intérieur »

C’est ainsi que l’on pourrait surnommer d’autres lignes de parfums et cires odorantes destinées à nos salons et chambres, notamment la plus ancienne de France, celle de Louis XIV, la maison Trudon, fondée en 1643. Pour nous venir de trois siècles et demi, leurs fragrances subtiles ne nous atteignent pas moins, d’autant que les parfumeurs graduent le temps d’où nous venons. Le XIXème siècle n’étant pas en reste, là non plus : en bougie ou en vaporisateur on a droit à BYRON, inévitable avec cet autre dandy notoire ; ou MADELEINE, héroïne de Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, dont on nous dit ceci : « Galopant de Versailles à Marseille, Madeleine laisse dans son sillage un vent d’audace. L’iris, le jasmin et la rose habillent leurs pétales d’un cuir sec et viril. Cette fragrance de cape et d’épée rend hommage à l’une des plus grandes insoumises du XVIIe siècle, écuyère et escrimeuse accomplie »… Le vaporisateur est ouvragé de verre gris aux reflets d’ambre, estampillé du motif mat et, serait-on tenté de dire, « éternel », au sens de « l’éternel dans le transitoire » pour en revenir à Baudelaire puisqu’il nous donna la clé de ses fameuses correspondances entre nos sens et le sens des mots.

 

Quand les mots captent l’insaisissable

Ecoutez plutôt Blanche de Castel dans son magasin et elle vous fera entrer, sobrement, dans l’univers des parfums qu’elle vous… « explique », oui, et vous entendrez-sentirez, sans savoir comment, qu’on peut inventer des parfums en les commandant par une description verbale. Les parfums se créent donc comme la musique. Insaisissables, elle et eux vous atteignent pourtant de fond en comble.

 

Deux lignes de parfums :

  • « JARDINS D’ECRIVAINS » (parfums de peau)

– JUNKY  « dépendance olfactive » (William Burroughs)             85 euros

– WILDE     « aphorisme olfactif » (Oscar Wilde)                          85 euros

– ORLANDO  (Virginia Woolf)                                                      85 euros

– AJAR « subterfuge de l’égo » (Romain Gary)                              85 euros

– GIGI  « fleurs blanches belle époque » (Colette)                          85 euros

– GEORGE  « métaphysique des apparences » (George Sand)        85 euros

– MARLOWE « érudition baroque » (Christopher Marlowe)          85 euros

– LA DAME AUX CAMÉLIAS «parfume le corps des amoureuses » (Alexandre Dumas) 115 euros

 

  • CIRE TRUDON (parfums d’intérieur)

 

– MADELEINE, Mademoiselle de Maupin de Théophile Gautier, bougie 85 euros – vaporisateur 165 euros

– ABD EL KADER, poète et philosophe algérien, bougie 85 euros – vaporisateur 165 euros

– BYRON, poète britannique,  bougie 85 euros – vaporisateur 165 euro

 

Magasin BLANCHE DE CASTEL, recommandé pour cet unique alliage de livres et parfums, dans ce qui apparaît comme un « Cabinet des Antiques » d’un genre neuf et ancien tel que l’aurait aimé Balzac : 27, rue Clauzel, Paris IXème. Ligne de bijoux à base de perles de culture : http://www.bijoux-blanchedecastel.com/